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Pro Lecture : 4 min 16/09/2019

Ces robots désherbeurs aident les agriculteurs à se passer de produits chimiques

Une machine agricole ou robot désherbant devant un champs de culture de légumes

À Toulouse, La start-up Naïo Technologies conçoit des robots désherbeurs agricoles. Avec une ambition : améliorer la qualité de vie des agriculteurs et la rentabilité des exploitations. Explications.

OZ, DINO et TED. Vous ne les connaissez pas encore, mais ces robots désherbeurs, imaginés par la start-up toulousaine Naïo Technologies, sont en passe de devenir les futures stars de l’agriculture durable. Ils sont aujourd’hui près de 150 en France et à l’étranger à se faufiler au milieu des vignes et des champs. Une réussite made inFrance initiée par deux ingénieurs en robotique : Gaëtan Severac et Aymeric Barthes. L’inspiration leur est venue lors d’une fête de l’asperge en 2010. Un producteur leur fait part des problèmes qu’il rencontre au quotidien, la pénibilité de certaines tâches, la difficulté de trouver un équilibre économique pérenne pour son exploitation ou encore sa volonté de limiter l’utilisation des pesticides. Un an plus tard, Naïo Technologie voit le jour.

Une rupture technologique

Avec une raison d’être ambitieuse : s’appuyer sur les nouvelles technologies pour proposer au monde agricole des outils innovants, contribuant à faciliter les tâches quotidiennes et favoriser des pratiques durables et rentables. « Cette genèse est très révélatrice de notre façon de faire, explique Matthias Carrière, directeur commercial de l’entreprise basée à Escalquens (31). Nous avons élaboré chaque robot désherbeurs au regard d’un besoin et d’un marché. OZ est un modèle compact dédié aux petites productions maraîchères ; DINO, plus imposant, est conçu pour le binage de productions légumières de plein champ ; TED, enfin, gère le désherbage des vignes. Pour nous assurer de leur parfaite adéquation aux attentes des exploitants, nous avançons main dans la main avec eux, pour nous adapter en permanence. »

Des robots désherbeursautonomes sûrs

Car les spécificités du monde agricole compliquent l’automatisation du travail. « C’est un frein technique importantCette adaptation à l’environnement est souvent problématique car chaque situation est différente. Pour nos robots désherbeurs, une vigne est beaucoup plus complexe à gérer qu’un champ, un sol lourd qu’un sol léger, etc. C’est pourquoi nous privilégions la co-construction avec nos clients. C’est essentiel. Ils utilisent un robot désherbeurs et nous échangeons sur sa valeur ajoutée, l’ergonomie, la facilité d’utilisation, la performance, bref, l’expérience utilisateur. La R&D synthétise ces retours et améliore les logiciels au fur et à mesure. »Une approche qui permet, à partir d’une même plateforme technique, d’adapter chaque robot désherbeurs à l’exploitation sur laquelle il travaillera. C’est la grande force d’OZ, DINO et TED. Une fois configurés et équipés des outils adéquats, l’agriculteur les laisse faire. Ils entament leur journée de travail en toute autonomie. Puis, au bout de 8 à 10 heures, l’exploitant les ramène à leur base pour une recharge bien méritée. Avant de recommencer le lendemain. La sécurité n’est pas en reste. En cas d’incident, ils préviennent leur propriétaire en lui envoyant un SMS. « La sécurité est au cœur de nos réflexionscar la certification CE de nos robots désherbeurs en découle. Si le fonctionnement de ces engins est prévisible et prévu, le comportement des êtres humains est plus difficile à prédire. Il peut y avoir beaucoup d’individus dans les vignes, compliquant l’évolution d’un TED, qui doit déjà gérer la topographie du territoire. Le fonctionnement dans la zone de travail définie et l’arrêt en toute sécurité sont deux marqueurs forts qui font de nos robots des outils fiables et sûrs. »

Préserver les hommes et l’environnement

Avec une mission prioritaire pour ces nouveaux compagnons des campagnes : améliorer les conditions de travail de l’agriculteur, protéger notamment son dos, en le déchargeant des tâches fastidieuses comme le désherbage entre les rangs de salade ou les pieds de vigne. Autre atout, ces robots désherbeurs préservent les sols. Alternative aux produits phytosanitaires, au même titre que les désherbeurs thermiques au gaz qui permettent de se passer d’herbicide, ces robots désherbeurs permettent aux agriculteurs de cibler très précisément leurs interventions. 

Rentabiliser et pérenniser les exploitations

« Mais au-delà de la dimension écologique, une exploitation agricole est d’abord une entreprise où le coût de la main d’œuvre, le temps passé et l’investissement en matériel sont des enjeux essentielsPour nos clients, la rentabilité est ainsi le premier facteur de décision. Nos robots désherbeurs s’inscrivent dans cette logique : les technologies utilisées, comme le guidage GPS, les caméras couleur et le laser, leur assurent une précision centimétrique et une autonomie totale ; les moteurs électriques limitent les coûts d’entretien et leur fiabilité est avérée ; en outre, l’agriculteur peut se consacrer à des tâches à valeur ajoutée pendant que le robot désherbe. »

Cap à l’international

Autant d’économies et de gains de productivité potentiels qui séduisent le monde agricole, en France comme à l’étranger. Pour leurs utilisateurs, ils représentent une véritable aide, capable d’effectuer les tâches les plus pénibles, tout en leur dégageant du temps pour se consacrer à celles à la plus forte valeur ajoutée. « Historiquement, Naïo Technologies s’est développée dans l’Hexagone, qui représente 80% de notre activitéNous avons profité d’un contexte porteur avec des attentes sociétales et environnementales marquées (limitation des produits phytosanitaires, transition énergétique). Aujourd’hui, notre développement passe par l’international. Après l’Europe (Suisse, Allemagne, Belgique, Pays-Bas, Autriche, Danemark, Suède et Royaume-Uni), nous préparons notre déploiement au Japon, au Canada et aux USA. Ces marchés étant très différents, nous préférons prendre notre temps pour bien analyser et comprendre les attentes. L’un de nos collaborateurs est d’ailleurs en Californie depuis plusieurs mois pour tester et adapter l’une de nos machines », détaille Matthias Carrière.

Financer le développement

Une ambition calculée qui nécessite un soutien financier à la hauteur. Après deux levées de fonds successives en 2015 (3 millions d’euros) et 2017 (2 millions d’euros), un nouveau tour de table est en cours, mais d’une toute autre ampleur : 10 millions d’euros. « Cet apport va nous servir à stabiliser nos produits techniquement et à passer du prototypage à la série. L’objectif : accélérer notre déploiement via deux canaux commerciaux, les réseaux de distribution et les grands comptes. Nous allons aussi procéder à d’importants recrutements. Nous serons 50 à la fin de l’année, pour un chiffre d’affaires estimé à 3 millions d’euros. »Pionniers de la robotique agricole biologique, OZ, DINO et TED n’ont pas fini de tracer leur sillon.