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Ce sondage démonte les idées reçues sur les campagnes “à l’abandon”

Interview de Frédéric Dabi sur la ruralité en France
Frédéric Dabi, Directeur général adjoint de l’Ifop - ©IFOP

Abandonnées, nos campagnes ? Frédéric Dabi, Directeur général adjoint de l’Ifop, démonte un mythe qui a la vie dure.

C’est ce qui s’appelle avoir du flair. Juste avant que n’explose la crise des Gilets Jaunes, l’Ifop a dévoilé le 9 octobre une étude pour l’association Familles Rurales intitulée "Territoires ruraux : perception et réalité de vie". Si le déclin rural semble acquis pour 60% des Français, ceux qui vivent à la campagne ne sont que 5% à vouloir la quitter. Qu’est-ce qui se cache derrière ce décalage ?

Le principal enseignement de votre étude, n’est-ce pas cet incroyable décalage de perception de la campagne, entre ceux qui y vivent et le reste des Français ?

Frédéric Dabi - Exactement. La philosophie de cette étude, c’est un regard croisé sur la campagne, avec d’un côté les Français au sens large et de l’autre ceux qui y vivent vraiment. Or, la campagne est souvent une terra incognita pour la majorité des Français, résumée aux agriculteurs. Il y a un gros décalage de perception entre ces deux cibles.

Si les Français dans leur ensemble et les ruraux perçoivent les mêmes atouts et handicaps quand il s’agit de parler de la France en tant que pays, le décalage devient énorme dès qu’on parle du monde rural.

Spontanément, ce sont des mots comme "difficulté", "chômage", "abandon" qui ressortent, le grand public porte un regard misérabiliste sur la campagne. Pour les ruraux, c’est au contraire la qualité de vie, le calme, et la sérénité. Il existe une petite part de ruraux contraints, environ 5%, soit tout même 200.000 à 300.000 personnes qui veulent partir, mais la plupart vit bien.

Comment expliquer ce fossé de perception ? 

F. D. - Il s’agit avant tout de la méconnaissance du monde rural. Dès qu’on approche le sujet, les Français projettent sur lui des angoisses de déclassement. Mais il y a aussi une réalité dénoncée par les ruraux eux-mêmes. L’étude montre bien un sentiment d’abandon qui varie en fonction de la présence, ou de l’absence, de services publics dans les campagnes. Dans le détail, 64% des ruraux qui déclarent ne pas avoir accès à des services publics locaux se sentent abandonnés, contre 47% de ceux qui déclarent y avoir accès. Un écart de 17 points conséquent.

C’est donc le sujet de l’Etat qui surgit dans cette étude : la question de la présence ou du recul perçu des pouvoirs publics. Sachant que les ruraux ont une vision très extensive des services publics. Ils y mettent écoles, et hôpitaux, bien sûr, mais aussi poste, distributeur d’argent, et commerces de proximité.

Ce serait donc une angoisse liée au recul de l’Etat ?

F. D. - En regardant chaque thématique dans le détail, on voit émerger une cartographie fantasmée de son périmètre : commerce de proximité, santé, route, mais aussi emploi, internet et les communications. Quand on demande sur quoi il faut agir pour préparer l’avenir, les gens répondent dans l’ordre : lutte contre la désertification médicale, présence des services publics, aide aux commerces, présence d’établissements scolaires. L’emploi ne figure pas dans ces priorités, c’est très étonnant. Les attentes des ruraux se cristallisent en creux sur ces dimensions : ils pensent que l’Etat les a abandonnés, ils manifestent une inquiétude sur son recul.

L’accès à l’énergie était au cœur de l’actualité avec les Gilets Jaunes, comment se traduit-il dans votre enquête ?

F. D. - Surtout à travers la question du pouvoir d’achat : c’est la cuve de fioul, le réservoir des deux voitures par ménage à remplir. Quand on interroge les ruraux sur comment ils s’en sortent avec les revenus de leur foyer, ils sont satisfaits de ce qu’ils ont à 93%, mais 47% disent s’en sortir difficilement, et 55% déclarent ne pas avoir de capacité d’épargne. On voit bien là comment le phénomène du carburant et des taxes a pu avoir un effet de goutte d’eau.

Primagaz accompagne la ruralité
Primagaz est un acteur historique des territoires, fournisseur de gaz des 27.000 communes rurales qui ne sont pas reliées au réseau de gaz de ville, soit 20% de la population française. Cette expertise l’a imposé comme un partenaire privilégié des services publics, mairies et autres collectivités, notamment au travers de nombreuses délégations de services publics (gaz propane en réseau sur les territoires non raccordés au gaz naturel).