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Olivier Binet (Karos) : comment le covoiturage se développe dans les zones rurales ?

Portrait d'Olivier Binet, co-fondateur de l'application de covoiturage Karos
Comment développer les transports à moindre frais dans les zones rurales ? Olivier Binet, co-fondateur de l'application de covoiturage Karos, explique comment il améliore le quotidien des Français.

En quoi le covoiturage est une solution plus pertinente en zone rurale que dans les grandes villes ?

Les réseaux de transports en commun sont beaucoup moins denses en zone rurale. Sur des trajets domicile-travail, on retrouve surtout deux types de personnes. Vous avez d’abord ceux qui utilisent leur véhicule personnel. Ils sont généralement seuls dans leur voiture et cela revient cher au conducteur – 6 000 euros par an environ. Vous avez ensuite ceux qui prennent les transports en commun. En zones périurbaines ou rurales, ils perdent beaucoup de temps dans les transports (plusieurs correspondances, faibles fréquences de passage…).

Avec Karos, nous avons voulu répondre aux problèmes de ces deux populations avec le covoiturage. Notre application utilise l’intelligence artificielle pour proposer automatiquement les meilleurs trajets aux utilisateurs en fonction de leurs habitudes et de leurs contraintes. Par exemple, si vous devez partir plus tard le mardi, car vous emmenez vos enfants à l’école, et que vous travaillez sur une autre site le jeudi, l’application l’apprend et vous propose des trajets et des horaires adaptés. Vous n’avez pas à faire la recherche manuellement.

Le co-voiturage fait gagner de l’argent (97 euros par mois aux conducteurs) et du temps (26 minutes par trajet aux passagers qui utilisent d’ordinaire les transports en commun). Mais, surtout, il crée du lien social : des gens qui ne se seraient pas rencontrés autrement discutent et échangent. Karos vise ainsi une communauté de 500.000 utilisateurs d’ici la fin de l’année.

Est-ce une solution aux problèmes de financement des transports publics par les collectivités et l’État ?

Nous travaillons avec beaucoup de régions qui font face à ces problématiques : la Normandie, la Réunion, la Haute-Garonne… À chaque fois, le constat est le même : les infrastructures coûtent cher. Il faut d’abord les construire, puis les entretenir, et elles sont difficiles à « rentabiliser ». Vous pouvez difficilement remplir un bus à la campagne. Le co-voiturage est une solution très pragmatique puisque tout existe déjà : la route, les voitures, les conducteurs. Vous avez zéro investissement en infrastructures.

La technologie permet même aujourd’hui d’aller encore plus loin. Nous avons développé un calculateur qui prend en compte les co-voiturages ET les transports en commun. Si vous avez l’habitude d’aller au travail en train, mais que vous devez marcher 30 mn jusqu’à la première gare, Karos vous propose à la place un co-voiturage proche de chez vous qui tient compte des horaires de votre train. Le tout sans quitter l’application.

Pour les régions et les collectivités, cela représente, en plus du service aux usagers, un gain financier sensible. En proposant (et en finançant) Karos à leurs concitoyens, plutôt qu’en installant une nouvelle ligne de bus, elles font une économie de l’ordre de 15 à 30 %.

Peut-on s’attendre à voir d’autres initiatives de ce genre émerger dans les années à venir ?

Oui, il manquait un coup de pouce des pouvoirs publics. Mais les choses changent. Depuis 2018, on assiste à un vrai changement de mentalité avec la Loi d’Orientation sur les Mobilités. Elle prévoit notamment une augmentation des investissements dans les solutions alternatives et un forfait mobilité durable (jusqu’à 400 euros par an pour les trajets domicile-travail en covoituxrage). On va voir apparaître, dans les années qui viennent, beaucoup plus de solutions innovantes pour améliorer la mobilité quotidienne des Français de zones rurales et périurbaines.

Avez-vous réfléchi à des solutions pour promouvoir des motorisations moins polluantes, comme le gaz et l’électricité ?

Nous voulons encourager l’usage des véhicules les moins polluants. Actuellement, lorsqu’un conducteur s’inscrit sur Karos, il déclare son véhicule et son type de motorisation. Il y a encore quelques mois, nous n’avions pas assez de membres pour couvrir l’ensemble du territoire. C’est maintenant chose faite et nous sommes en train de développer un algorithme qui mettra prochainement en valeur les véhicules électriques et GPL, beaucoup moins polluants que les voitures à essence classiques. Il devrait sortir courant 2019.