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Olivier Sichel, directeur de la Banque des Territoires : « Qui a dit qu’il n’y avait pas de projets dans les territoires ? »

Olivier Sichel, directeur de la Banque des Territoires : « Qui a dit qu’il n’y avait pas de projets dans les territoires ? »

Parce que les projets concrets de développement des territoires méritent un financement, « Ma terre, mon énergie » a interviewé le président de la Banque des Territoires.

« Ma terre, mon énergie » poursuit sa série d’interviews de « Grands Témoins » qui valorisent et s’intéressent aux territoires. Après avoir interrogé Frédéric Dabi, Directeur général adjoint de l’institut Ifop sur l’attractivité des zones rurales, Jean-Christophe Fromantin maire de Neuilly et auteur de Mon village dans Un monde global, ou encore Caroline Cayeux, maire de Beauvais et présidente de l’association des Villes de France, nous nous sommes entretenus avec Olivier Sichel, directeur de la Banque des Territoires. 

Moderniser les territoires, c’est s’intéresser à leur transition énergétique. Comment celle-ci s’y déroule-t-elle ?

« La Banque des Territoires porte une attention particulière à la transition énergétique. Elle s’intègre dans l’un de nos 4 axes prioritaires de développement : le soutien en faveur de territoires plus durables. Nous intervenons sur 2 enjeux. Nous investissons dans la production d’énergies renouvelables (le photovoltaïque, l’éolien, etc.) et nous finançons la rénovation thermique des bâtiments (isolation). Par exemple, nous avons investi 150 millions d’euros dans l’organisme HLM Maison et Cités : ce sont 62 000 logements sociaux dans le bassin minier. Des maisons en brique rouge d’ancien mineurs, au pied des corons. Comme à l’époque le charbon était gratuit, les logements n’avaient pas été très bien isolé, c’était des passoires thermiques. Nous sommes donc en train d’opérer la rénovation thermiques des maisons : on met en place de l’isolation et au final, c’est une baisse de leur facture énergétique et un gain de confort. »

Et à l’avenir ?

« Nous irons encore plus loin sur la transition énergétique dans les prochaines années. Le volet des énergies renouvelables est amené à monter en puissance en termes d’investissements. Nous sommes engagés dans une transition énergétique très forte, et avec la baisse en France de la part du nucléaire dans le mix énergétique , il faut que l’on installe encore beaucoup de capacités de production. »

Les zones rurales sont particulièrement touchées et ont ce besoin de désenclavement. Comment y œuvrez-vous ?

« Il y a le haut-débit, bien sûr, c’est-à-dire raccorder les territoires, mais pas seulement. Cela passe aussi par la mobilité. Par exemple, en outre-mer à Nouméa, nous finançons par un prêt de 73 millions, un bus à haut niveau de service sur une ligne de 13 km, qui permet un gain de temps pouvant aller jusqu’à 20 minutes. Nous avons également investi dans la start-up Clém, afin d’étoffer l’offre de mobilité partagée dans les territoires périurbains et ruraux. »

La mission de la Banque des Territoires, est de recréer du lien avec les régions. Ça veut dire quoi, « recréer du lien » ?

« Ça correspond essentiellement à du financement – que ce soit un prêt ou un investissement - dans un projet concret de développement des territoires. Nous intervenons sur 4 axes de développement :

  • Pour des territoires plus connectés : recréer du lien, c’est raccorder les territoires au haut débit. Nous sommes la première banque à financer les réseaux d’initiatives publiques, c’est à dire les zones rurales dans lesquelles les opérateurs classiques ne vont pas, car ils ne les jugent pas suffisamment rentables (les fermes isolées, les villages de montagnes, les zones peu denses). En 2018, nous avons investi plus de 238 millions d’euros. Le dernier en date que l’on a signé, c’est avec les départements du Loir-et-Cher et de l’Indre-et-Loire, pour lesquels nous investissons 80 millions d’euros et qui va permettre de couvrir 100 % du territoire en fibre, et ainsi y donner accès à tous les habitants. Créer du lien cela peut donc être très physique, comme dans ce cas.

  • Pour des territoires plus inclusifs, avec essentiellement le logement social : nous avons prêté, pour l’année 2018, plus de 10 milliards d’euros pour la construction et la rénovation des logements sociaux.

  • Pour des territoires plus attractifs, avec des initiatives de soutien dont notamment la revitalisation de 222 cœurs de ville dans le cadre du programme « Action Cœur de Ville ».

  • Pour des territoires plus durables en accélérant le développement vers la transition énergétique. »

Comment s’est traduite cette première année d’action ?

« Le bilan est vraiment très positif. Lorsque l’on a lancé la Banque des Territoires on a fait une trentaine d’inaugurations dans les régions. Car on ne lance pas une banque des territoires à Paris ! À chaque inauguration, on essayait de signer un contrat de partenariat, un gros prêt de financement de haut débit, un partenariat de cœur de villes… Nous avons prêté 12,8 milliards d’euros et en avons investi 769 millions. Qui a dit qu’il n’y avait pas de projets dans les territoires ? À terme, notre but est de mettre 20 milliards d’euros par an dans les territoires. »

Les bourgs, les centres des villes moyennes sont en danger, les bureaux de postes, les commerces de proximité ferment. Avez-vous un exemple d’accompagnement symbolique de votre action ?

« Il y en a un dans lequel je crois beaucoup, même si les travaux ne sont pas terminés, mais qui donne déjà des signes avant-coureurs de succès, c’est à Pau, avec la rénovation complète de ses halles. Cela donne un bâtiment très aéré, avec beaucoup de transparence, qui redevient un lieu de vie. Les signes que cela marche, c’est la croissance de la fréquentation et du chiffre d’affaire des commerçants, un vrai enjeu face aux supermarchés des entrées de villes. Devant les halles, il y a un grand espace de convivialité, une aire de jeu et un grand immeuble de bureau en face. C’est très prometteur. À Château-Thierry (Aisne), nous avons ouvert la première maison cœur de ville, cela a donné lieu à des rénovations, la création d’appartements au-dessus de commerces du centre, etc. À Autun, nous étions présents pour leur action « Mon centre-ville a un incroyable commerce » le 21 juin dernier et qui intervient dans le cadre du programme Action Cœur de Ville pour la revitalisation du centre-ville. Cela frémit, des choses se passent. Ce qui est important, c’est que les projets sont pilotés par les maires, ce sont eux les patrons de leurs villes. Nous, on s’adapte au terrain, on fait du sur-mesure, pour accompagner chacun de leur projet. »