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Actu Lecture : 3 min 10/10/2019

Hervé Le Bras : « Les agriculteurs sont très bien placés pour mener la transition énergétique »

Portrait d'Hervé Le Bras, démographe et auteur de "L’Atlas des inégalités".

« Ma terre, mon énergie » poursuit sa série d’interviews de « Grands Témoins » qui valorisent les territoires. Interview du démographe Hervé Le Bras, auteur de L’Atlas des inégalités.

« Ma terre, mon énergie » poursuit sa série d’interviews de « Grands Témoins » qui valorisent et s’intéressent aux territoires. Après avoir interrogé Frédéric Dabi, Directeur général adjoint de l’institut Ifop sur l’attractivité des zones rurales, Olivier Binet, fondateur de l’application de covoiturage Karos sur l’aide entre particuliers dans les zones peu desservies, ou encore Jean-Christophe Fromantin maire de Neuilly et auteur de Mon village dans un monde global, nous nous sommes entretenus avec le démographe Hervé Le Bras, spécialiste des territoires français.

Vous le dites dans votre rapport de novembre 2018 sur les agriculteurs, aujourd’hui, en matière d’éducation, d’emploi, de vie familiale, les agriculteurs sont devenus « des Français comme les autres ». Qu’entendez-vous par là ?

« Aujourd’hui, les agriculteurs français ont franchi une barrière sociale. Il y a 50 ans, leurs conditions étaient bien souvent inférieures à celles des ouvriers. Aujourd’hui ce sont des chefs d’entreprises, de PME, des artisans… Bien sûr, il y a une grande variété au sein de cette corporation, mais d’une manière générale, le niveau moyen éducatif, le niveau social a énormément augmenté. »

Pour autant, ils font face à des difficultés bien spécifiques…

« L’un des changements négatifs, est leur relative perte de pouvoir local. Dans beaucoup d’endroits, ils sont devenus minoritaires, là où ils étaient élus dans des mairies il y a quelques dizaines d’années. Leur pouvoir politique local n’a pas complètement disparu mais il s’est beaucoup érodé. Cela créé des décisions municipales qui sont contre leurs intérêts parfois : des routes qui passent dans leurs exploitations par exemple, des interdictions aux tracteurs de rouler à tel ou tel endroit, etc. »

Comment voyez-vous la nouvelle génération d’agriculteurs ?

« Aujourd’hui, derrière le métier d’agriculteur se cache une multitude d’autres activités : il y a de la gestion, on regarde les cours des matières premières, etc. Il faut ainsi saluer le très grand rôle qu’ont joué les lycées agricoles. Ils ne les ont pas seulement formés à l’agriculture, mais aussi à la comptabilité, la vie publique, etc. »

Quels risques pour leur avenir avez-vous notamment identifié ?

« C’est un métier qui reste très dur par rapport aux autres, et la relève n’est pas assurée. C’est l’un des gros problèmes. Mais c’est une situation mondiale : l’âge moyen des agriculteurs au Japon, c’est 67 ans ! En France, il est de 10 ans au-dessus de l’âge moyen de la population active. C’est l’un des points noirs, car on ne transforme pas facilement un urbain en agriculteur. »

L’avenir, c’est aussi la transition énergétique, et les agriculteurs sont en première ligne…

« De plus en plus, les agriculteurs vont devoir se spécialiser, adapter des techniques plus écologiques, plus durables, en accord avec les objectifs du pays en matière de respect de l’environnement. Il va y avoir beaucoup de progrès dans ce domaine, et les agriculteurs y seront forcément associés. Des solutions commencent à apparaître, et elles sont plutôt bonnes au niveau du rendement, avec les circuits courts par exemple… »

Ils ont donc une grande responsabilité ?

« Oui, les agriculteurs vont jouer un rôle central. Ils sont très bien placés pour mener cette transition énergétique. »

D’une certaine manière, pourraient-ils même faire figure d’exemples ?

« En tout cas, ce que l’on observe, c’est un retour des ‘ruraux’. Aujourd’hui, on veut remettre la campagne dans les villes, verdir les immeubles, comme si les villes étaient en train de se ruraliser. On utilise les toits, les balcons, on se met aux circuits courts. C’est positif, ça améliore l’image du monde rural. »

Hervé Le Bras est l’auteur de Se sentir mal dans une France qui va bien, paru aux éditions De l'Aube (mai 2019), et de L’Atlas des inégalités aux éditions Autrement.