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Actu Lecture : 4 min 15/03/2019

Fioul lourd : plus polluant que le fioul, il est aussi très utilisé

Le fioul lourd est plus polluant que le fioul domestique
Très prisé dans l’industrie lourde et le transport maritime, sa facilité de stockage explique que cette énergie polluante se retrouve aussi un peu partout sur le territoire.
Ils partagent le même nom, mais ne se ressemblent pas tant que ça. Le fioul lourd, également dérivé du pétrole, est beaucoup plus dense que le fioul domestique, et surtout, beaucoup plus polluant. D’abord, sa teneur en soufre : là où le fioul domestique en contient environ 0,1%, voire 0,005% quand il est désoufré, les fiouls lourds les moins écolo avoisinent les 5%. Ensuite, le CO2 : il en émet presque 10% de plus que le fioul domestique.

Plus toxique, les oxydes de soufre dégagés à la combustion sont très nocifs pour la santé, il est donc aussi plus mauvais pour l’environnement. C’est simple, à certaines exceptions près, la réglementation française n’autorise désormais que l’usage de fiouls lourds dits à « très basse teneur en soufre » (TBTS), soit 0,5% de soufre maximum.

Principalement utilisé dans l’industrie lourde et de travaux publics (par exemple, pour maintenir le bitume chaud), et dans le secteur maritime pour propulser les navires, un vrai sujet pour les villes portuaires comme Marseille, le fioul lourd est aussi très populaire dans certaines activités bien plus proches du quotidien des Français. Réseaux de chauffage urbain, cimenteries, usines de transformation agroalimentaires, sites de fabrication du verre, serres agricoles, campings, et même bâtiments et commerces... 

Un usage de plus en plus sanctionné

Les pouvoirs publics s’emploient désormais à l’éradiquer. « La pression sur les utilisateurs de fioul lourd s’est accrue ces dernières années », constate Antoine Bordet, responsable national des ventes pour les marchés industriels  chez Primagaz. Constituée dans un premier temps d’incitations fiscales vers des énergies plus propres, la politique gouvernementale s’est peu à peu orientée vers des taxes, qui sont de plus en plus lourdes en fonction de l’impact environnemental du produit concerné. C’est le cas de la taxe carbone : si le gouvernement, sous la pression des « gilets jaunes », a annulé la hausse prévue pour 2019, cette taxe est néanmoins passée de 7€ par tonne de CO2 émise en 2014.

Parfois, le législateur va plus loin en imposant des modifications réglementaires qui obligent les pollueurs à changer leur modèle industriel. A partir du 1er janvier 2020, les navires marchands au niveau mondial ne pourront plus utiliser que du fioul lourd TTBTS (« très très basse teneur en soufre » : 0,5% au lieu de 3,5% aujourd’hui), l’occasion pour eux d’envisager des carburants alternatifs.  

La prise de conscience vient aussi des industriels. Ils comprennent que son utilisation est contraignante et coûteuse. Entre l’obligation de traiter les fumées émises et la nécessité de chauffer le fioul en permanence (froid, il devient trop visqueux pour être manipulé), les calculs sont rapidement en faveur des énergies alternatives. 

Mais malgré la pression fiscale, son faible rendement énergétique et une maintenance complexe, il faut souvent attendre un élément déclencheur pour que l’entreprise change d’énergie. « Souvent, on va passer à une solution plus respectueuse de l’environnement parce que la chaudière existante arrive en fin de vie, ou qu’une forte croissance de l’activité engendre des besoins thermiques différents », confirme Antoine Bordet.

Et il n’y a pas que les grosses industries qui sont concernées. Au cœur même des campagnes, une multitude d’acteurs agricoles sont aussi confrontés au problème, à l’image de Xavier Jacq, producteur de tomates à Kerlouan, dans le Finistère. C’est dans le cadre d’un projet de modernisation de ses serres qu’il a choisi de basculer au GNL. Une solution vertueuse à plus d’un titre, puisqu’elle permet de produire à la fois de la chaleur pour ses serres et de l’électricité qu’il revend à EDF. 

Quelle énergie de remplacement pour le fioul lourd ?

La transition des professionnels vers des solutions plus vertes pose la question des alternatives. Dans le secteur maritime, le français CMA CGM, quatrième transporteur de conteneurs au monde, a récemment commandé neuf méga porte-conteneurs propulsés au GNL.

Dans l’industrie, « une partie des sites non raccordables à un réseau de gaz peut être reliée à un réseau de distribution d’électricité adéquat, cependant le coût est plus important qu’au gaz », rappelle Antoine Bordet. En considérant toute la durée de vie des installations et en incluant les taxes, la maintenance et les aides, la transition du fioul lourd au gaz affiche aujourd’hui un retour sur investissement de 2 à 3 ans en moyenne, et peut s’avérer encore plus rapide en fonction du niveau de consommation.

L’énergie photovoltaïque est une autre alternative courante, mais elle n’a pas encore trouvé son modèle économique, et pose des questions de fiabilité d’approvisionnement. Cet aspect est pourtant crucial pour des exploitations qui doivent impérativement fonctionner en continu.

C’est le cas de la Société laitière de Laqueuille, en Auvergne, qui fonctionnait au fioul lourd jusqu’en 2017. Dans cette fromagerie de 9000 mètres carrés qui fonctionne à flux tendu, son directeur, Philippe Lorrain, souligne l’importance de « la sécurité d’approvisionnement, car nous transformons le lait tous les jours ».

Son directeur Philippe Lorrain a préféré opter pour le gaz propane, réalisant au passage des économies substantielles, en faisant financer une partie du projet par les certificats d’économies d’énergie, et grâce à de meilleurs rendements énergétiques.