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Chauffage : Pourquoi les campagnes ont intérêt à se détourner du fioul

Se détourner du fioul pour le gaz propane
Le chauffage au fioul domestique doit disparaître d’ici dix ans, selon le gouvernement. Un choix écologique et sanitaire qui pose la question des alternatives. Bonne nouvelle, elles existent.

Le gouvernement va-t-il réussir son pari de faire disparaître d’ici 10 ans le fioul domestique des foyers français ? « Chère, étrangère et polluante », cette énergie est condamnée à disparaître de nos chaudières, selon le Premier ministre Edouard Philippe.

Or, parmi les grands axes de travail du gouvernement figure la transition écologique, qui passe donc par l’incitation des Français à basculer vers des énergies renouvelables, ou a minima plus propres. Et qui dit plus propres, dit d’abord moins responsables de la présence de gaz à effet de serre.

Selon l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), les émissions de gaz à effet de serre (GES) du fioul domestique atteignent 324 grammes de CO2 par kilowattheure (kWh), contre 260 grammes pour le gaz propane, 243 grammes pour le gaz naturel et 29,5 grammes pour le bois. Le cas de l’électricité est plus controversé, avec des valeurs comprises entre 180 et 40 grammes de CO2 au kWh, en fonction de la méthode de calcul.


Or, plus de 48.000 décès par an pourraient être attribués aux seules particules fines de type  PM2,5, l’une des deux principales variétés de particules couramment mesurées dans l’atmosphère. Si la France respectait les seuils de concentrations indiqués par l’Organisation mondiale de la santé (OMS),  les pouvoirs publics estiment que plus de 17.000 décès  pourraient être évités chaque année. 

Troisième énergie la plus utilisée pour se chauffer

Urgence écologique, urgence sanitaire… Soit, mais l’objectif d’une sortie du fioul en dix ans doit relever de nombreux défis techniques et économiques, de l’aveu même du Premier ministre. En France, pas moins de 3,7 millions de foyers ont recours au fioul pour se chauffer, dont 600.000 logements collectifs, soit près de 10 millions de personnes au total selon l’Ademe. Et si la part du fioul est déjà sur la pente descendante, il reste le troisième mode de chauffage le plus populaire, après l’électricité et le gaz.

Evolution de la répartition du parc de résidences principales selon l’énergie de chauffage principale (Rapport Climat Air Energie de l’Ademe 2017, source Ceren)
Evolution de la répartition du parc de résidences principales selon l’énergie de chauffage principale (Rapport Climat Air Energie de l’Ademe 2017, source Ceren)
Pour que les Français quittent le fioul, il faudra d’abord les convaincre qu’ils y gagneront financièrement. « Une majorité de foyers français équipés de chauffages fonctionnant grâce au fioul se situe en zones rurales et peu d’entre eux sont raccordés au réseau de gaz naturel, note Anne Lefranc, experte pour l’Ademe. Ils doivent donc se tourner vers des alternatives qui peuvent être coûteuses, ce qui n’est pas tout à fait compatible avec la typologie des ménages utilisant le fioul. »

Le fioul domestique, pas si économique

Economique le fioul ? Le mythe a la vie dure. Selon le Ministère de la transition écologique et solidaire, il n’est que la troisième énergie la moins chère après le gaz naturel et le bois. Ainsi, pour produire un kilowatt/heure (kWh), entre janvier 2017 et décembre 2018, il en a coûté entre 5,7 et 6,3 euros de bois, 4,9 et 6,7 euros pour le gaz naturel, 6,3 à 9,4 euros avec le fioul.

Si la combustion du bois est riche en particules fines, le gaz est bien plus vertueux. Le hic, c’est que 27.000 communes rurales, les plus grosses consommatrices de fioul, ne sont pas raccordées au réseau de gaz de ville. Deux alternatives s’offrent alors: l’électricité, de loin la plus coûteuse avec un kWh compris entre 15,6 et 15,9 euros, et le propane, le « gaz des champs », entre 11,5 et 13,7 euros le kWh, hors tarif préréfentiel. « C’est un gaz qui émet environ 20% de carbone en moins que le fioul domestique, et qui n’émet pas de particules fines », explique Matthieu Lassalle, directeur commercial de Primagaz, l’un des acteurs majeurs du marché.

Bonne nouvelle, ces chiffres ne prennent pas en compte la performance énergétique du mode de chauffage, c’est-à-dire sa capacité à produire plus de chaleur pour une même quantité d’énergie. 

D’après une enquête de Dossier familial, le remplacement d’une vieille chaudière permet d’importantes réductions de consommation: entre 13 et 23% pour un modèle actuel standard, 25 à 34% pour une chaudière basse température, 30 voire 40% pour une chaudière à condensation. C’est ce qui permettra de s’y retrouver financièrement.

Vous l’aurez compris, c’est sur ce levier que mise le gouvernement. « Les Français montrent un intérêt pour les énergies renouvelables mais ils restent plus sensibles aux économies qu’ils peuvent réaliser qu’aux questions écologiques », reconnait Mael Thomas, directeur général de la plateforme en ligne Quelleenergie.fr, spécialiste des économies d’énergie.

Pour les ménages modestes, le gouvernement a donc étendu le champ d’application de nombreuses aides. Entre la Prime à la conversion pouvant atteindre 3000 euros, l’extension du Crédit d’impôt pour la transition énergétique (CITE) aux coûts de la main d’œuvre, les aides de l’Anah, l’éco-prêt à taux zéro, ou encore le chèque énergie, le montant de la facture globale peut être réduit jusqu’aux deux tiers.

Reste que certaines d’entre elles, comme la prime à la conversion, ne sont versées qu’une fois les travaux réalisés, ce qui peut faire douter les ménages modestes qui doivent avancer de l’argent pour financer une partie des achats et des travaux. Toutefois, le montant des sommes à débourser ne sera pas le même selon l’alternative choisie. 

La délicate équation économique des alternatives 

Dans ce vaste chantier de conversion du parc de chaudières, le gaz part avec un argument choc face à l’électrique : le prix des équipements. « Une chaudière gaz à condensation coûte en moyenne entre 4000 et 5000 euros, souligne Matthieu Lassalle, de Primagaz. Les personnes éligibles aux aides d’Etat peuvent déjà réduire ce montant, et nous ajoutons à ce crédit d’impôt jusqu’à 1000 euros pour compenser  l’achat et la pause de nouvelle chaudière gaz a condensation par un professionnel. Si nous cumulons toutes les aides financières, y compris les CEE et les aides de l’Etat, cela peut aller jusqu’à 2600€. Et l’installation de la citerne de gaz est à nos frais. »

Les mieux lotis pourront aussi se tourner vers l’acquisition d’une chaudière biomasse (bois et granulés), impliquant toutefois un investissement de départ compris entre 8000 et 20.000 euros. Les poêles à bois, moins chers (3000 à 7000 euros), souffrent d’un rendement et d’une autonomie moindre.

Dernière option, la pompe à chaleur, plus répandue dans la partie sud de l’hexagone car elle va puiser la chaleur contenue dans l’air, la terre, ou l’eau, pour la redistribuer dans l’habitation. Mais son coût important, entre 8000 et 18.000 euros, risque de dissuader le grand public, même si le PDG d’EDF a annoncé en décembre dernier, une surprime à la conversion de 50% sur celle du gouvernement, soit 4500 euros pour les ménages les plus modestes, 3000 euros pour les autres ménages, dits modestes.