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Actu Lecture : 5 min 18/03/2019

Les agriculteurs font leur révolution numérique

Un agriculteur pilotant un drone
L’agriculture s’empare à toute vitesse des nouvelles technologies, symbole d’un dynamisme insoupçonné. Smartphone, drones, robots… Même les petites exploitations trouvent des solutions pour s’équiper.
La France rurale à la pointe de la révolution numérique ? Si vous pensiez que la technologie et la modernité étaient réservées aux urbains des grandes métropoles ou aux usines high-tech des multinationales, vous allez devoir revoir votre copie. Peut-être plus qu’aucun autre secteur d’activité, le monde agricole a pris le virage du numérique.

Etre agriculteur aujourd’hui c’est à la fois être chef d’entreprise, banquier, producteur, commercial, manager et technicien. Pour réussir à assurer tous ces métiers en même temps, le numérique est une évolution technologique indispensable”, résume clairement sur son site le Salon de l’agriculture, qui a fermé ses portes début mars. 

Un exemple avec les drones. La France compte aujourd’hui près de 4000 drones agricoles. D’ailleurs, la moitié des vols de drones réalisés par les engins du leader français des drones professionnels Airinov sont réalisés chaque année au-dessus des parcelles agricoles. 
"Les drones ont rapidement décollé dans l'agriculture car ils transforment complètement le métier d'agriculteur, explique un porte-parole du ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation. D'ailleurs, des formations de pilotes de drones agricoles ont été ouvertes en 2018, comme à Dax, qui les proposent à des élèves de BTSA car les débouchés sont très importants."

Un robot arracheur de mauvaises herbes dans le bio

Telle une grosse abeille volante d’un mètre d’envergure, ce drone qui est bardé de capteurs survole l’exploitation a plusieurs dizaines de mètres au-dessus du sol. Avec sa caméra, il capture deux images par seconde pour fournir toutes les informations utiles à l’agriculteur.

Taille et couleur des pousses, taux d’azote, humidité des sols, niveau de la biomasse, degré d’hygrométrie dans l’air… Le drone permet à l’agriculteur de connaître avec exactitude l’état de son champ pour savoir précisément quelle parcelle il devra irriguer ou enrichir d’engrais, comme le montre cette vidéo test de “Gilles”, agriculteur-youtubeur du Loiret.

 

Un diagnostic de précision qui facilite la vie de l’agriculteur et qui lui permet aussi surtout de limiter son usage de produits phytosanitaires. “J'utilise 20% d'engrais en moins grâce aux drones”, a ainsi confié à l’AFP Cédric Jullien, cultivateur de colza dans l’Aube qui gère ces deux sites situés à 25 km l’un de l’autre grâce notamment à son smartphone.

Réduire son empreinte sur les cultures grâce aux technologies voire carrément supprimer tous les herbicides et passer au bio. C’est ce que permettent les robots désherbants Dino de la start-up toulousaine Naïo. Car produire en bio, c’est coûteux et surtout fastidieux. Au lieu d’épandre les herbicides sur les exploitations, l’agriculteur doit en effet lui-même arracher les mauvaises herbes à la main.

Plus maintenant. Le robot équipé de panneaux solaires qui lui fournit son énergie pour être totalement autonome circule sur tout type de terrain à travers les sillons des plantations. Munis de grilles ou de bèches, le robot va arracher les mauvaises herbes à la place de l’agriculteur. Et ceux qui ne veulent pas se passer de désherbant peuvent toujours utiliser le robot de la société suisse ecoRobotix.

Grâce à l’intelligence artificielle, la machine contrôlée par smartphone est capable de repérer les mauvaises herbes et d'appliquer le produit chimique sans toucher les plantations. La marque assure que son robot permet à l’agriculteur de faire des économies en utilisant 10 fois moins d’herbicide qu’avec les méthodes traditionnelles.

10% d’économie d’énergie sans impact sur la productivité

Et si les technologies ne sont pas toutes aussi spectaculaires que les drones et les robots, elles ne sont pas moins efficaces. Comme les capteurs de la jeune pousse française Weenat qui mesure en temps réel le niveau d’humidité de l’air ou des sols et transmettent directement les informations sur le smartphone de l’exploitant. Plus de 2000 ont déjà été installés en France.

Des technologies qui si elles aident à améliorer le quotidien des agricultures permettent aussi d’atténuer l’empreinte carbone de l’activité. L’agriculture représente aujourd’hui 6% de la consommation énergétique finale en France et est à l’origine de 19% des émissions de gaz à effet de serre.  Biomasse, solaire, amélioration des process de production et de la productivité avec les drones qui quadrillent le terrain ou des capteurs qui informent en temps réel de l’état des sols et des cultures. L’agriculture est en train de faire avec le numérique sa transition énergétique. Selon la société de conseil Geo France Finance, le potentiel d’économies d’énergie du secteur agricole est évalué à 10% de l’énergie directe - sans que la productivité ne soit affectée.

Et l’avenir de la technologie c’est bien sûr l’intelligence artificielle. Si les algorithmes intelligents ont commencé à pénétrer nos intérieurs avec par exemple les enceintes connectées de type Echo d’Amazon, dans le monde agricole l’IA va permettre… de prédire l’avenir. On sait que les agriculteurs sont de gros consommateurs de prédictions météorologiques (8 agriculteurs sur 10 consultent la météo en ligne plusieurs fois par semaine), dorénavant la technologie ne va pas seulement leur permettre de savoir s’il va pleuvoir demain mais surtout de connaître l’état de maturité d’un fruit pour la cueillette ou encore de détecter une anomalie ou une agitation sur un élevage pour intervenir avant que les animaux se blessent. En 2019, les applications d’intelligence artificielle seront les vedettes du salon de l’agriculture.

Bref, après la révolution agricole fourragère du XVIIIè siècle et celle de la mécanisation des XIX et XXème siècle, le numérique est probablement en train de générer à son tour une nouvelle révolution dans la manière dont l’homme produit sa propre nourriture.

Le financement participatif pour équiper les petits exploitants

A condition évidemment, que les agriculteurs aient accès aux technologies. Notamment les petites exploitations. En France, la moitié des 400.000 exploitations n’excèdent pas 35 hectares et un agriculteur sur trois gagne moins de 350 euros par mois. Difficile voire impossible dans ces conditions de générer des bénéfices suffisants pour investir dans du matériel de pointe. Et les banques sont souvent très frileuses.

Là encore, le numérique vient en aide aux exploitants qui désirent investir. Les plateformes de financement participatif se multiplient dans le secteur agricole. 31% des agriculteurs ont déjà mené des campagnes de crowdfunding selon l'association Financement Participatif France. Comme par exemple la plateforme MiiMOSA qui a financé 1500 projets en l’espace ces trois dernières années et a apporté 7 millions d'euros de fonds à l’agriculture.

Mais les sociétés qui développent les technologies ne sont pas hors-sol non plus et travaillent en étroite collaboration avec le monde agricole. Que ce soit les coopératives, les syndicats ou directement avec les petites exploitations. Le but : adapter les modèles économiques pour démocratiser les technologies. C’est ce qu’a fait Airinov, le champion français des drones. Au départ, la start-up voulait directement vendre ses drones. Mais à un prix de vente de 10.000 euros minimum, ses avions sans pilotes sont loin d’être à la portée de toutes les bourses.

La société a alors décidé de changer son fusil d’épaule. Désormais, elle propose ainsi de louer ses appareils moyennant un tarif de 15 euros le survol de l’hectare. A ce prix-là, un technicien de la société se déplace sur l’exploitation pour aider l’agriculteur à analyser et utiliser ses données. D’autres technologies sont coûteuses à l’achat mais permettent au final d’améliorer la productivité et de réduire les coûts notamment en matière d’herbicide ou de pesticide. Bref, petit à petit le marché se régule et les offres s’adaptent à la demande. « De toute façon, si l’innovation n’apporte rien, l’agriculteur abandonne son usage », a déclaré au micro d’Europe 1 Florian Breton, le fondateur de la plateforme de financement MiiMOSA.